Précarité Connectée : 6 recommandations pour l’inclusion numérique des sans-abri

Précarité Connectée : 6 recommandations pour l’inclusion numérique des sans-abri

A l’horizon tout numérique du programme Action Publique 2022 annoncé par le Gouvernement, une certaine inquiétude se fait ressentir face à la fracture numérique qui menace les personnes en situation d’exclusion. Solinum propose 6 mesures simples pour lutter contre cette fracture et favoriser une meilleure inclusion numérique et sociale des publics les plus en marge.

Différents appareils électroniques utilisés par les sans-abri : un smartphone, un téléphone basique, un ordinateur, une tablette

Ces recommandations sont les conclusions d’un important travail, débuté en avril 2018 et achevé récemment sous la forme d’un rapport d’étude et d’un livret plus synthétique. Intitulée Précarité connectée, cette étude a été menée par Solilab, le laboratoire de recherche sociologique de l’association Solinum.

un smartphone recevant plusieurs notifications de mail, de réseaux sociaux etcPrécarité connectée vise à saisir les problématiques rencontrées par les sans-abri dans un monde où la technologie est devenue omniprésente, pour faire du numérique une aide et non un frein à la réinsertion.

Résumé de l’étude

Précarité connectée est la première étude en France qui s’intéresse aux rapports que les personnes sans-abri entretiennent avec le numérique. En agissant auprès de ces personnes, il est fréquent de se heurter aux préjugés du grand public sur le rapport au numérique des personnes en grande précarité. Comment, se demandent-ils, une personne sans-abri pourrait-elle avoir un smartphone ?

Afin d’apporter une base de connaissance objective sur cette question de société, cette étude a pour objectif de mieux cerner leurs relations au numérique et les besoins qui en découlent.

Une attention particulière est portée sur l’analyse socio-démographique des réponses. En effet, la population sans-abri étant largement hétérogène, il est nécessaire de repérer les caractéristiques principales qui influent sur leur usage du numérique afin d’apporter une réponse adéquate. L’étude répond aux questions suivantes : les personnes sans-abri ont-elles accès au numérique ? Quelles sont leurs compétences ? Quelles sont leurs pratiques ?

En plus d’apporter des recommandations et des solutions concrètes pour l’inclusion numérique des personnes sans-abri, cette étude déconstruit les préjugés portant sur cette population, mal connue du grand public. 

Pour cela, nos équipes ont collecté des données statistiques auprès de 300 personnes dans 16 villes françaises. Parmi les répondants, nous comptons des personnes sans-abri de tout horizon et de tout âge ainsi qu’un bon nombre d’associations, toutes concernées directement par les inégalités sociales et les enjeux du numérique. 

Principaux résultats 

Nous constatons que les personnes SDF sont majoritairement équipées de téléphones mobiles, outil devenu indispensable dans leur quotidien. En effet, 91% des personnes interrogées possèdent un téléphone mobile et 71% ont un smartphone.

On observe cependant, qu’il existe une certaine hétérogénéité en terme d’accès et d’utilisation des outils numériques : « Il y a vraiment un panel très large d’utilisation et de compréhension du numérique chez le public sans-abri ».

De plus, les personnes SDF sont confrontées à diverses problématiques qui rendent plus difficile leur accès au numérique, notamment en ce qui concerne un accès internet limité, des difficultés de rechargements, des vols d’appareils… Le manque de ressources et l’absence de domiciliation ne leur permettent pas toujours de bénéficier d’un abonnement mobile. Ainsi, la plupart d’entre eux optent pour une carte téléphonique prépayée  (66%) plutôt qu’un abonnement mobile (29%), bien que la carte prépayée ne permette pas toujours un accès à Internet.

Les personnes en migration sont plus susceptibles de posséder un téléphone mobile. 78 % des répondants sans-papiers, des demandeurs d’asile, ou ayant une carte de séjour possèdent un smartphone, contre 62 % pour les personnes de nationalité française. Les demandeurs d’asile sont également ceux qui se rendent le plus souvent sur Internet et sont les utilisateurs les plus assidus des réseaux sociaux.

En termes de compétences numériques, nous observons également une grande disparité selon les différentes caractéristiques socio-démographiques. Les personnes de 18 et 40 ans sont celles qui se perçoivent comme le plus à l’aise avec le numérique. Les personnes ayant fait des études supérieures sont également davantage à l’aise avec le numérique. Enfin, les répondants étant en situation de précarité depuis 1 à 5 ans se sentent davantage à l’aise que les personnes à la rue depuis plus longtemps.

Concernant la fréquence d’utilisation internet, la majorité des personnes interrogées utilisent Internet régulièrement. Plus de la moitié des répondants (55%) s’y rend tous les jours. Toutefois, ils sont 17% à déclarer ne jamais s’en servir, principalement parce qu’ils manquent de compétences (60%).

62% des personnes interrogées ne font jamais leurs démarches administratives en ligne. La plupart de nos répondants utilisent Internet tous les jours ou presque, principalement pour se divertir : regarder des films ou écouter de la musique (40%), aller sur les réseaux sociaux (37%), ou encore s’informer sur l’actualité (24%).

Recommandations 

Dans le cadre de ce rapport, nous proposons un certain nombre de recommandations permettant d’améliorer les conditions de vie des personnes sans-abri identifiées dans ce rapport. Ces recommandations sont guidées par les enquêtes qualitatives, quantitatives, et l’analyse des résultats qui en a découlé. 

  1. Proposer un accompagnement numérique adapté et des formations gratuites.
  2. Mettre à disposition des équipements numériques publics adaptés aux pratiques et besoins des personnes SDF.
  3. Déployer des points de rechargement de batteries accessibles à tous.
  4. Améliorer l’accès à Internet dans les structures sociales (mise en place du wifi dans les centres d’hébergement, installation d’ordinateurs en libre service…).
  5. Proposer des offres mobiles et équipements à des tarifs solidaires.
  6. Faciliter les démarches en ligne en les rendant plus ergonomiques et accessibles à tous quels que soient leurs compétences numériques ou le niveau d’éducation.

Lire l’étude : Précarité connectée – Etude

Lire le livret : Précarité connectée – Livret

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